L'après-guerre et la reconstruction de l'église
Carte postale d'après-guerre représentant l'église en reconstruction à droite (le clocher ayant été démoli lors de l'incendie).
En 1945, après cinq années de captivité, c'est le retour au pays d'un million de prisonniers emmenés en Allemagne à l'été 40. C'est le retour aussi des requis du STO et des déportés mais pour ce qui en est de ces derniers, tous, malheureusement ne rentreront pas des camps car effectivement entre ces trois catégories, le sort qui leur a été réservé en Allemagne n'était pas le même. Beaucoup de prisonniers n'ignorent pas que la privation de liberté, l'humiliation, la faim qu'ils ont endurées sont sans commune mesure avec les souffrances qu'ont connues les déportés ; aussi, après la joie des retrouvailles et ignorants pour la plupart des conditions d'existence, pendant ces cinq années, de leur pays libéré, le premier contact avec la France retrouvée n'est pas toujours à la hauteur de ce qu'ils avaient imaginé dans leur exil prolongé. Chacun, à sa manière, essaie de reprendre goût à la vie en oubliant le temps des privations....
Un recensement établi au 25 Juin 1945 dénombre 480 habitants.
Il reste encore en 1945 à Fillé :
- un charpentier
- un maréchal-ferrant
- un menuisier
- un cordonnier
- un maçon
- un boulanger
- un boucher
- un épicier
- une sage-femme
- un meunier.
- une couturière
Les départements de la Basse Normandie, voisins du nôtre, garderont à jamais les souvenirs tragiques des combats qui ont eut lieu pendant l'été 1944 pour recouvrir la Liberté mais rapidement les villes meurtries se relèvent des ruines et, petit à petit, apparaissent des quartiers modernes à Caen, Saint-Lô etc...
Photo prise en 1948 : intérieur de la salle du Bar de l'Hôtel du Progrès pavoisé, situé en face de l'église.
(actuellement bar de l'Embarcadère). Photo collection privée.
Un mariage à Fillé, en 1946, dans l'immédiat après-guerre (photo collection privée Colette SERPAULT).
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Pendant le mois de janvier 1945, on compte près de 40 jours de neige au sol sur les deux-tiers de la France alors que le pays est presque totalement libéré mais qu'il n'est pas libéré de ses restrictions car il manque encore de tout. Dans la région du Mans, on observe de 20 à 30 cm de neige. Puis, le printemps 1945 survint beau et sec : les températures ont dépassé les 30°C à Fillé en Avril et en Mai (on releva une valeur remarquable de 30°3 le 17 Avril 1945 à Fillé) et, dix-huit mois plus tard, en octobre 1946, on atteindra encore les 27° ! mais on retrouvera à nouveau le froid vif en décembre.
En 1947, c'est carrément l'été du siècle : après un hiver très rigoureux, l'été commence en avril et se poursuit jusqu'en octobre. Entre le 27 Juillet 1947 et le 5 Août, une chaleur véritablement saharienne envahit le pays, les températures battent tous les records. Les journées des 27 et 28 Juillet resteront historiques : on observera près de 40°5 dans la région du Mans. Le 1er Août, il fait encore 38 ° en Sarthe.
1949 fut également une année de sécheresse exceptionnelle.
Après ces trois années où les récoltes ont été peu abondantes du fait de la sécheresse, on a dû prolonger les tickets de rationnement.
Nous avons vu dans le chapitre "LA GUERRE 1939/45" qu'il avait été institué des titres d'alimentation qui ont été délivrés dès 1940 mais ont perduré jusque vers le milieu de l'année 1949. Les Maires recevaient du Haut Commissariat à la Consommation des instructions relatives à la mise en place et la distribution de ces tickets de rationnement remis à la population en échange des coupons.
carte d'acheteur (document archives Mairie de Fillé)

Le 13 Mars 1951, un violent ouragan frappe de plein fouet le moulin de Fillé.
Le 30 juin 1951, le journal "L'Aurore, organe de résistance républicaine", dont ci-dessus extrait, propose à ses lecteurs, dans la rubrique "Où passer vos vacances ?" un lieu de villégiature à Fillé-sur-sarthe : à 211 kms de Paris (Précision : 211 kms + 16 kms de car) dans le café-hôtel-restaurant Dubourg en pension complète : 600 Francs de juillet à septembre, boisson service 10 % en plus et ... DÉPAYSEMENT GARANTI !

Tout Fillé pleure son Maire
M. Alphonse Beunardeau, conseiller général
de la Suze que ses concitoyens avaient
surnommé "Le Père de la Commune"
(extrait article du 27/12/1951 de Ouest-France)
Une élection cantonale partielle à la Suze après la mort d'Alphonse Beunardeau, maire de Fillé :
"La mort d'Alphonse Beunardeau, le 25 Décembre 1951, suscite une élection cantonale partielle dans son canton de la Suze sur Sarthe. Le scrutin est programmé pour les 9 et 16 Mars 1952.
On se souvient, que le 7 Octobe 1951, M. Beunardeau avait été réélu au premier tour, l'ancien sous-préfet de La Flèche, Albert Fouet, obtenant 18,61 % des suffrages exprimés. Très vite, ce dernier réapparaît par le biais d'une intervention des instances nationales du Parti radical qui indiquent aux dirigeants de la Fédération sarthoise que M. Fouet, directeur de cabinet du secrétaire d'Etat aux Travaux Publics et au Tourisme sera à nouveau candidat. ll semble que, chez les radicaux sarthois, ont ait donné d'emblée de très faibles chances à ce parachuté. A droite, du côté du mieux organisé qui est l'appareil RPF, on pense au maire de la Suze, Camille Jean, qui fut inscrit au mouvement gaulliste mais ce laïque radical a démissionné en raison de la politique d'aide à l'enseignement privé mise en œuvre par ce Mouvement. Très vite, le jeune Centre départemental des Indépendants de la Sarthe décide de présenter Maurice Ruillé, le maire de Louplande, agriculteur, ancien élève de l'école Saint-Louis du Mans dont l'audience paraît bonne dans le canton. Les diverses tentatives du RPF pour trouver un autre candidat achoppent. Vers la fin du mois de février, on apprend qu'il n'y aura pas de candidat SFIO. On s'accorde alors pour donner le maximum de chances à Ruillé, y compris son élection dès le premier tour tant il paraît en mesure de récupérer la clientèle de M. Beunardeau, électeurs catholiques et de droite inclus.
Quelques jours plus tard, fin février, surgit un nouveau candidat, Eugène Vivier, maire de Chemiré-le-Gaudin, gros propriétaire et exploitant agricole. Il a appartenu avant-guerre au Comité républicain de la Suze et semble toujours se situer dans la mouvance radicale. Sa candidature n'est pas spontanée. Il a fait l'objet de pressions, celle d'Arsène Foucault de la mairie contigue de Maigné, celle de Fernand Guillot le conseiller général de La Flèche. Car on s'agite beaucoup en sous-main et en haut lieu tant il est clair que cette élection pourrait modifier l'équilibre politique du Conseil Général de la Sarthe dont on a vu combien il se jouait à la marge. Deux hommes, au moins paraissent s'être concertés dans la coulisse : Max Boyer, intéressé à récupérer sa présidence du Conseil général, Lucien Chaserant, Directeur des Organisations Agricoles de la Sarthe, homme d'influence, plutôt lié au centre gauche et sensible aux échanges de service avec ce camp, ce qui n'exclut pas avec d'autres. Albert Fouet a rencontré les deux hommes et bien négocié.La présence de Vivier dans la compétition doit permettre de diviser l'électorat au premier tour y empêchant ainsi l'élection de Ruillé."
"La manœuvre est peu lisible pour l'électeur de base mais comprise par Ruillé qui la dénonce lors d'une réunion électorale qu'il anime, le 3 Mars, à Fillé. Ce soir-là, un agriculteur présent stigmatise même la collusion de Foucault et Chaserant qui conduit à donner une allure politique à cette élection..."
Face à cette élection, M. Ruillé suit explicitement la même ligne de conduite de M. Beunardeau, bien entendu appréciée comme apolitique."
"Si la candidature communiste ne souffre, elle aucune ambiguïté.... les professions de foi des autres candidats situent l'enjeu jusque dans l'usage du flou : Maurice Ruillé se déclare candidat de défense des intérêts cantonaux" et il ajoute qu'il est absolument indépendant et qu'il n'appartient à aucun parti politique, ce qui est vrai..... Maurice Ruillé choisit du reste d'éclairer les électeurs dans une mise au point publiée la veille du premier tour. Il y dénonce les promesses de Fouet et sa collusion avec M. Vivier."
Bref, la presse locale - partisane comme toujours - en rajoute une louche le samedi en faisant de Maurice Ruillé "l'héritier présomptif de Monsieur Beunardeau comme si celui-ci l'avait nommément désigné comme devant lui succéder"...
"Le dimanche 9 Mars, sur les 5172 électeurs inscrits, 3029 ont voté, soit 58,57 %, taux honorable pour une élection partielle. Il y a 2980 suffrages exprimés, Maurice Ruillé est comme prévu en tête avec 1367 voix. Il devance Albert Fouet (1095 voix) d'assez peu alors qu'Albert Vivier (265 voix) précède de justesse le communiste (253 voix) Comme annoncé de toutes parts, Vivier se désiste en faveur de Fouet qu'il qualifie de candidat courtois et loyal. Dans l'après-midi du 11 Mars, Chapalain se déplace à la Suze pour inciter à voter pour Ruillé avant que Goussu ne fasse de même. Fouet s'emploie à mobiliser un à un les abstentionnistes .... . La campagne entre les deux tours est acharnée dans les deux camps..."
Au Soir du 16 Mars 1952, Albert Fouet est élu grâce au désistement d'Eugène Vivier. Puis sera élu maire de Roezé- sur-sarthe, le 24 Mars 1956, après le décès d'Auguste Gallas. L'auteur conclut dans ce paragraphe en disant : "L'élection cantonale partielle qui a eu lieu les 9 et 16 Mars 1952 dans le canton de la Suze témoigne de la manière et de la réalité du débat démocratique dans la Sarthe du milieu du 20ème siècle". Il ajoute en parlant d'Albert Fouet :"Elle a permis la reconquête par la gauche des instances dirigeantes du Département. Elle a enfin promu dans la vie politique locale un personnage atypique qui ne cessera de diviser les sarthois, et d'abord le monde des militants."....
Extraits du livre de Michel Rosier "Vie Politique et sociale de la Sarthe sous la IV° République (1944-1958)
A la Mairie de Fillé, Monsieur
Yves LORY succède en mars 1952 à Monsieur BEUNARDEAU. Monsieur LORY fut
Maire de 1952 à 1959. Il était le petit-fils de Monsieur Henri-Joseph
GUICHARD décédé en 1904 et il avait épousé Jeanne MOREL dont il eut deux
enfants, Robert et Guillemette qui devinrent propriétaires du
Gros-Chesnay après la mort de leur mère. Robert est décédé en 1995 et
Guillemette, une décennie plus tard. Guillemette avait vendu le château
dans les années 2000 à un restaurateur de renom, Monsieur Alain PASSARD
qui exploite un jardin dans les annexes du château pour y faire pousser
des légumes qu'il utilise dans son restaurant parisien. Robert était
marié à notre amie Nicole qui n'occupe plus le château depuis sa mort.
Elle a résidé ensuite route du Bur pendant quelques années. Elle a fini
sa vie ensuite dans la Maison de Retraite de la Suze. Elle est décédée
en février 2023 à l'âge de 91 ans. HOMMAGE à Nicole qui fut Présidente
de l'association des anciens de Fillé dans les années 90.
DISTRIBUTION DES PRIX A L'ÉCOLE DES FILLES DE FILLÉ
Photo d'une classe de l'école publique en représentation lors d'une distribution des prix en 1957.
Chants et Danses étaient
interprétés à l'occasion des Distributions "Solennelles" des prix et
nous ont laissé un goût de nostalgie des fêtes des prix de notre
enfance.
Cette photo a été aimablement prêtée par Madame C. SERPAULT que je remercie ici.
Ce document sert de transition pour rapporter les "mémoires" de Monsieur SOYER, Directeur de l'Ecole Publique de Fillé entre 1945 et 1980, "mémoires" qu'il a confiées dans la ROUE TOURNE de 1989.
Classe de Monsieur SOYER en1963 près de la Mairie.
Photo aimablement prêtée par Madame C. SERPAULT que je remercie ici.
"LES MÉMOIRES D'UN SECRÉTAIRE DE MAIRIE"
"Nommé instituteur
au début de 1945 puis secrétaire de mairie l'année suivante, j'ai passé
pratiquement toute ma vie active dans cette commune et ceci pour une
raison très simple, nous avons trouvé à FILLÉ ce qui est essentiel dans
la vie pour fonder une famille : le bonheur.
Bonheur dû à la
vie calme dans un village agréable et bien situé, à la connaissance de
tous les habitants qui sont devenus au fil des années des amis, à
l'exercice d'une double profession attachante : celle d'instituteur qui a
enseigné à deux générations d'enfants de FILLÉ et celle de secrétaire
de mairie, au service des besoins d'une commune rurale et de ses
habitants.
Et
pourtant tout n'était pas rose pour un jeune ménage qui "débarquait" à
Fillé en plein hiver 1945, sans connaître personne et alors que la
guerre n'était pas terminée. Mais très vite, le chaleureux accueil des
habitants et des voisins nous réconforta. Malgré les difficultés de la
vie professionnelle (classe unique groupant tous les garçons de 5 à 14
ans) et de la vie tout court (elle était "dure" pour tous à l'époque et
soumise à un rationnement rigoureux).
Nous nous sentions heureux car nous étions libres et débarrassés des hantises de la guerre.
Je garde le souvenir de la Mairie d'alors, vétuste sans doute mais il
n'y en avait guère de modernes, du petit train poussif qui permettait
d'aller au Mans (c'était au moins, déjà, un moyen de transport...), des
invitations consistant à veiller dans les familles et de la fameuse fête
de la Libération, au mois d'août.
A cette époque, la
population était essentiellement agricole et je me souviens de tous ces
enfants venus de loin, à pied, souvent en gros sabots de bois, le maigre
déjeuner dans le sac, car la cantine n'existait pas : le repas se
passait à l'école le plus souvent...".
./...
./...
"Quant
au travail de mairie, ma femme et moi passions le plus clair de notre
temps à comptabiliser et à distribuer les tickets de rationnement ce qui
dura encore quelques années après la fin de la guerre. Un peu plus tard
dans les années 1952/53, ce fut la reconstruction de l'église et du
presbytère détruits à la Libération ce qui constitua la tâche la plus
importante de la municipalité d'alors.
Puis, peu à peu,
lentement mais inexorablement, la vie à FILLÉ se transforma : les
activités professionnelles se portèrent vers LE MANS alors que la
campagne perdait sa main d'œuvre. Dans ma classe, au début, presque tous
mes élèves étaient issus du milieu agricole ; à la fin, il n'en restait
plus.
Parallèlement, après 1960, commencèrent à s'installer
des familles venues du Mans ou de la périphérie. Les Gesleries, la route
des Vignes se peuplèrent et les sapins du Pierre Aube virent pousser
des maisons entre-eux. En l'espace d'une quinzaine d'années, au rythme
moyen d'une douzaine de maisons par an, c'était une nouvelle population
qui venait s'ajouter à l'ancienne. L'amalgame se fit lentement, sans
problèmes et le secrétaire de mairie s'efforça de connaître au mieux ces
noveaux habitants qui apportaient un air de jeunesse à la commune."

Arrivée des sœurs trinitaires de VALENCE (12 élèves) à l'école Saint-Charles en 1947.
Journée de communion à Fillé en 1959. Certaines personnes, devenues aujourd'hui septuagénaires,se reconnaitront-elles ? à gauche, l'abbé Théry qui a passé quelques années à FILLÉ.
Photo aimablement prêtée par C. SERPAULT que je remercie ici.
***
Ci-dessous : extrait d'un tableau de Ch. Choisnet.
La
reconstruction de l'église commence en 1947 réalisée par des ouvriers de
talent mais malheureusement victime de nombreux contre-temps : une
tornade en 1951 détériore la nef presque terminée puis, la même année,
un incendie ravage l'entreprise BERNARDEAU au MANS où sont entreposées
les charpentes du clocher.
LU DANS LE MAINE LIBRE
L'abbé Baron voulait faire reconstruire son église mais manquait d'argent, il eut l'idée pour le moins spectaculaire : il s'est proposé de traverser la rivière sur un fil pour récolter des dons et il y réussit. L'église rénovée est inaugurée en 1952 et consacrée en 1956 et si l'on peut admirer l'église de Fillé dont le fin clocher se mire dans la rivière Sarthe, on le doit en partie à l'exploit de l'abbé funambule, curé de Fillé.

Le 13 Août 2021, le journal OF consacre un article dans sa page "Sarthe" à l'exploit de l'Abbé Baron qui a joué les funambules lors d'une fête à Fillé le 10 Août 1957.
Extraits de cet article :
"Fillé, samedi 10 août 1957. Le soir est tombé sur la petite commune en fête. Dominant la foule, Charly"s fait face au long fil d'acier de 80m. tendu ai-dessus de la rivière. Le funambule-acrobate a bien préparé son coup et il est chaud comme la braise....."
"Le
loustic est doué. Très doué impeme. Et c'est sans perdre l'équilibre qu'il gagne
l'autre rive sous les applaudissements du public, le curé de la paroisse
en tête. Car c'est au dynamique abbé Maurice Baron que l'on doit cette
fête destinée à collecter de l'argentpour terminer les réparations de
l'église."
"La soirée suivante est plus clémente. Le vent est tombé et Charly's est d'humeur fantasque? Avant de réitérer son exploit, il régale le public de quelques acrobaties réjouissantes ...."
"Avant d'aller plus loin et d'assister à l'exploit qui va marquer cette belle journée, il faut revenir sur les malheurs de la petite église de Fillé duremebt frappée par le sort. Le 8 août 1944, les alliés libèrent la Sarthe. Joie ! Malheureusement sans doute déclenché par le tintement accidentel des cloches, le tir d'un char Sherman frappe le clocher ...".
"Les travaux de reconstruction débutent dans les années 50, sous la houlette de l'abbé Baron, tout juste arrivé. Mais le 13 mars 1951, nouvelle tuile ! Une tornade arrache la toiture provisoire ...".
"
Pendant tout le week-end, l'abbé Baron a proposé des projections du film
SCIUSCIA de Vittorio de Sica et ne s'est pas ménagé pour que la fête
soit belle. Mais il veut faire plus. Il sera le clou du spectacle ! Le
voici qui grimpe à son tour sur le fil d'acier tendu à plusieurs mètres
de haut. En soutane, le béret sur la tête et le balancier dans les
mains. Il s'avance prudemment - et sans assurance - sur le fil et sous
les regards médusés de la foule. Le curé va ainsi parcourir une
vingtaine de mètres arrêtant son effort au-dessus de la Sarthe. La
petite histoire raconte que la quête qui suivit fit à la hauteur du
spectacle ! Selon certains, la fantaisie du curé n'aurait pas été du
goût de sa hiérarchie. Vrai ou faux ? Qui sait ? Ce qui est sûr c'est
qu'il sera nommé quelques mois plus tard, en mars 1958, à
Bessé-sur-Braye. L'abbé Baron est décédé en juillet 2009 à 91 ans.
Source : OF du 13 août 2021 - Olivier Renault
Il y a plusieurs années déjà, René GAIGNON avait recueilli ses mémoires lors de son arrivée dans la paroisse de Fillé (mémoires retranscrites dans le journal local) :
Nous
avions laissé les mémoires de l'Abbé BARON recueillies par René GAIGNON
au moment où son récit était au plein cœur de la guerre 39/45. Alors
que le débarquement se déploie en Normandie, le séminariste-soldat
apprend qu'il va être le prêtre de la paroisse de Fillé
où son régiment fut cantonné en 1940 puis quelques semaines plus tard,
il apprend l'incendie de l'église le jour où le village est libéré.
L'Abbé Baron est donc destiné à la lourde mission de la reconstruction de l'église.
quelques extraits de l'interview du 21.11.1990
Cette histoire de l'église de Fillé est une histoire à épisodes car sa reconstruction, sa restauration et son aménagement se déroulèrent entre 1948 et 1958 pour la plus grande partie et se poursuivirent encore après au temps des Abbés Maurice Thierry et Albert Coulon.
- Abbé Baron : "Cette même année
1951 allait se terminer par une une nouvelle épreuve. Alors que la
réfection, sur épure, de la flèche du clocher était déjà avancée et que
les bois de charpente étaient prêts à être posés, préparés dans les
ateliers de l'entreprise BERNARDEAU au MANS, un incendie le jour de Noël
détruisit l'entreprise et ses matériaux. Tout était donc à recommencer.
Menacé par l'architecte d'une amende journalière importante si le
travail n'était pas exécuté dans le temps prescrit par le cahier des
charges, Monsieur BERNARDEAU, soucieux de répondre aux exigences et de
trouver une main d'œuvre spécialisée, fit appel aux Compagnons
Charpentiers du Devoir du Tour de France de la Province de Paris. Appel
entendu, puisque trois jours plus tard arrivaient Monsieur Jean ALBERTI
de BOURGOGNE, Monsieur Germain DUPRAT de TOULON et René COLOMB de
GRENOBLE." ;
../..
.../...
"En mars 1952, on vit s'élever
un échafaudage de chevrons sur l'entablement du clocher de pierre. Il
devait servir à l'installation de la flèche et y rester plusieurs mois.
Les compagnons y accédaient par une échelle qu'ils avaient attachée à
l'extèrieur. Aussi pour y regarder le travail s'y faire, la manœuvre des
palans hissant les bois de charpente, le Curé venait presque tous les
jours et montait un échelon de plus à chaque fois pour vaincre le
vertige (sans doute, un entrainement pour traverser la rivière !).
Les lattes et les ardoises fixées puis d'autres posées, les compagnons
eurent à cœur d'installer la croix, la même qui s'y trouvait jadis,
tombée au moment de l'incendie. La, aucune difficulté pour eux pour la
poser...
- R.G. Est-ce-que s'arrête là le travail de ces trois Compagnons ?
- Abbé Baron : Pas tout à fait. Mais d'abord, ces jeunes compagnons
charpentiers, en dehors de leurs heures de travail, eurent l'idée de
réaliser la maquette au 1/20° de la charpente de la flèche du clocher
(photo ci-dessus). Cette maquette fut offerte le 19 Mars 1953, jour de
la fête de Saint-Joseph, patron des Compagnons du Tour de France, au
Président national des Compagnons par le "gâcheur" de l'équipe, le chef
d'équipe, Jean ALBERTI. C'est la tradition chez les compagnons et cette
maquette fut déposée au Palais de Chaillot à Paris pour rester dans les
archives des Compagnons."
Les Compagnons, leur travail terminé, allaient quitter FILLÉ. Mais le curé pensait, depuis un certain temps, utiliser leurs compétences en leur demandant s'il leur serait possible d'imaginer et de confectionner une voûte en bois pour l'intérieur de l'église.
Leur joie fut grande et il les entend lui dire : "Aucune difficulté pour nous"...
Enfin après maintes difficultés rencontrées, le baptême des cloches eurent lieu en présence de Monsieur LORY, Maire de Fillé dans la grange transformée en chapelle provisoire devenue ensuite salle des fêtes puis cantine pour les écoles de FILLÉ.
Toute la municipalité au grand complet ainsi que de nombreux invités accueillir Monseigneur CHEVALIER, au cours d'une réception chaleureuse qu'agrémenta une exposition murale de souvenirs, de tableaux et de photos de FILLÉ. Un vin d'honneur clôtura cette réception.
Avec l'année 1953 commença l'aménagement intérieur ; Messieurs DE GOULAINE et GYPTEAU eurent la générosité d'offrir des arbres à l'Abbé Baron... Mais comment les débiter ? Il restait avec ses arbres sur les bras quand une circonstance particulière le tira d'embarras. Appelé à prêcher une retraite de communion à ST VINCENT DU LOROUER, il fut invité à prendre le repas chez un propriétaire de scierie lequel lui dit : "Monsieur l'Abbé, amenez moi vos arbres, je vais les scier et les faire sécher et vous pourrez en disposer". Ce qui fut dit fut fait et gratuitement ! Un transporteur de TELOCHE ramena les planches a FILLÉ et Monsieur MORILLON en disposa pour continuer la fabrication des bancs.
Monsieur Raymond DUBRETON, forgeron à GUÉCELARD réalisa le dessin des éclairages. La décoration de l'extrémité des branches des lustres étant inspirée de celle d'une rampe, croquée sur une feuille de papier, lors de la visite de l'Abbatiale de TREVES-CUNAULT dans le Saumurois.
Il fallait aussi penser aux Fronts Baptismaux. L'idée était de revenir aux temps antiques de l'église primitive. A FILLE, a été réalisé un baptistère antique. On y descend par un emmarchement. Les chaînes qui l'entourent ont une histoire : elles proviennent du poulailler de l'ancien presbytère. Son grillage, en effet, était supporté par des tiges en fer qui servirent à Monsieur GOURNIGAULT, le forgeron de FILLÉ, à en tirer les maillons.
C'est à cette période que la statue de la Vierge, en terre cuite, fut enlevée, pour sa restauration, par les soins des Monuments Historiques de France. En subissant pendant des heures l'intense chaleur de l'incendie, sa polychromie s'était vernissée.
Comme dans toute église, il y a un chemin de croix de quatorze stations. Pour chaque station, une petite plaquette, travail d'un sculpteur de Lourdes, se trouve au centre d'une croix de bois. Le tout est cerclé d'un anneau de fer forgé, orné de quatre cabochons de cuivre jaune.
Le confessionnal, installé dans l'abside du bas-côté nord, travail de Monsieur MORILLON, et ce, pour ne pas revenir au meuble conventionnel ancien, consiste en une simple croix de bois dont les bras supportent une tringle de fer sur laquelle coulissent des rideaux de velours.
Tout au-dessus du confessionnal, appliqué au mur de la sacristie et pour le décorer, un crucifix du 14 ou 15° siècle en bois, fut fixé par Monsieur DUCHEMIN, ferronnier d'art au Mans.
Les deux autels furent l'objet de beaucoup de recherches et de soin. Il fallait trouver des pierres pour les socles. Monsieur SPY, tailleur de pierre en style anglais édifia les socles des autels sur lesquels les tables de granit des Vosges furent disposées par Monsieur BEAUFRETON, marbrier au Mans. Par ce dernier furent plaquées les marches de marbre rose.
Pour garnir le chœur de l'église, les stalles furent récupérées auprès de la paroisse de la CHARTRE SUR LE LOIR qui vendait les siennes. Elles furent amenées et transformées par l'entreprise DENET. Quant au siège du célébrant et des enfants de chœur, ils ont été coulés à l'usine des "Grelots" au Mans.
L'aménagement se poursuivait ainsi lentement. Enfin, arrive en 1956 la consécration de l'église trois jours avant la fête de la Vierge Marie à qui l'église est dédiée, soit les 11 et 12 Août. Pour cette consécration, douze croix ont été sculptées et peintes sur les murs, rappel des douze apôtres. Le soir de la cérémonie et les trois soirs suivants, des amis de Fillé offrirent le spectacle d'une admirable illumination de la nouvelle église consacrée. Le clocher de FILLÉ est désormais
pourvu de trois cloches "MARIE", "JEANNE" et "THÉRESE" pesant respectivement 476,338 et 223 kilogrammes.
Construction du clocher :
Photo collection particulière.
En 1957, il restait à rappeler la mémoire des soldats de Fillé morts pour la France.
A ce sujet, il faut signaler, tout d'abord, que la pierre de granit du
maître-autel fut offerte par Mr et Mme FROMONT de BOUAILLE du château de
la Beunêche, en souvenir de leur fils Gilles de FROMONT, mort pour la
France, à la bataille de Dien-Bien-Phu. Une plaque de marbre noir,
exposée dans la chapelle du chœur, en rappelle le souvenir.
Sous la fenêtre du clocher, dans l'église, un mémorial a été pratiqué.
Il s'y trouve un Livre d'Or dans lequel sont inscrits les noms et
biographies militaires de soldats de FILLÉ morts
pour la France durant les guerres de 1914/1918, 1939/1945 et
1946/1954. Un coffret de cuivre surmonte ce livre d'or. Il contient un
peu de terre prélevée, en premier, à DOUAUMONT près de Verdun en
souvenir des morts de 1914/1918, puis à VILLENOBLE au CHEMIN, là où fut
inhumé à sa mort, le 15 Juin 1940, André DUVAL et enfin, au cimetière de
Saint AUBIN SUR MER où des Canadiens, tombés lors du débarquement du 6
Juin 1944, furent ensevelis.
Les dettes de cette reconstruction
furent épongées : quêtes, dons, séances de projection, kermesses y
contribuèrent, des années durant. Mention spéciale est à donner à
Monsieur CHAMPION venu construire une petite résidence à FILLE
lequel montra, en 1957, à l'occasion de séances récréatives, un samedi
soir et un dimanche après-midi, ses talents d'acrobate et de funambule
au-dessus de la Sarthe, en y présentant un élève amateur, le curé de
l'époque !
Il
se trouva qu'une nomination comme curé de BESSE SUR BRAYE ne permit pas
à l'abbé BARON d'achever la restauration de l'église mais nul doute
qu'il aura gardé de nombreux souvenirs de ces huit années de présence à
la paroisse de FILLÉ.
NOUS LE REMERCIONS ICI POUR LES SOUVENIRS QU'IL A CONFIES À RENÉ
photo prise de la campagne filléenne avant la destruction du clocher lors de l'incendie de l'église.
photo collection particulière
Les bords de la Sarthe après la guerre, on aperçoit, à droite, les ruines de l'église.
12 et 13 AOUT 1956 : CONSÉCRATION DE L'ÉGLISE
"AU COURS DE GRANDIOSES CÉRÉMONIES, CE SOIR ET DEMAIN,
SON EXCELLENCE, MONSEIGNEUR CHEVALIER, REPRÉSENTANT LE CARDINAL GRENTE
CONSACRERA L'ÉGLISE DE FILLÉ RELEVÉE DES RUINES."
(extrait article du 11 Août 1956 - Ouest-France)
Repas organisé en 1956 dans l'ancienne cantine pour le baptême des cloches de l'église après la reconstruction.
On y reconnait Monsieur Lory, Maire, lisant un discours. Il avait remplacé Monsieur Beunardeau après son décès. A droite, Monsieur Henri Cauquelin.
Le même repas avec au centre portant des lunettes cerclées, Monseigneur Gouet.
Une fête religieuse dans le centre du bourg ; à droite Monseigneur Gouet.
Lors d'une cérémonie au monument aux Morts, à gauche, Bob Lory et à droite Monsieur l'Abbé Albert Coulon.
Les Manceaux et les filléens retrouvent la plage de Fillé et les bords de la Sarthe sont (pour quelques temps encore mais pas pour longtemps) une alternative remarquable à l'exil côtier des vacanciers et en 1954, certains d'entre-eux auteurs de la carte ci-dessous écrivent :
"nous sommes installés à la croix (la croix est à près de l'arbre de gauche sur la plage), nous avons eu le soleil vers la Ferté et depuis le soleil nous suit, espérons le conserver, le patelin est mignon, la pêche est bonne et il y a de quoi nous baigner..."
Leur campement est en bas au centre de la photo ci-dessous, le long de la Sarthe où actuellement est aménagé la base nautique de la plaine dite "de Loisirs".
Si la nostalgie des baignades d'antan demeure, GERARD CHOISNET nous raconte souvent comment , au hasard d'une de ses promenades, un jour d'été, près du moulin, il fit la connaissance d'un vieux monsieur ému qui lui raconta, dans quelles circonstances, il rencontra celle qui allait devenir sa femme.
Peinture sur toile et à l'huile - Christiane Choisnet : Pic-nique sur la Plage à Fillé d'après photo
En effet, ils s'étaient connus sur la plage de Fillé car avant la guerre, il y a de cela bientôt quatre-vingt années, certaines écoles du MANS organisaient un voyage à FILLÉ pour
récompenser les élèves qui avaient obtenu le baccalauréat. Ils
partaient ainsi pour la journée par le petit train qui faisait encore la
liaison entre LE MANS et FILLÉ.
Sur place, ils avaient le loisir de visiter la commune, de se promener
dans la campagne ou bien alors de se reposer au bord de l'eau. Les plus
sportifs avaient même l'opportunité de prouver leur mérite par des jeux
nautiques en amont du moulin (on peut encore voir quelques cabines de
bain sur certains documents d'époque).
Les élèves rentraient le soir par le dernier tramway, heureux de leur journée et parfois même heureux pour la vie...
En effet, c'est dans ce contexte que le vieil homme, tout juste diplômé
à l'époque fit la connaissance de celle qui est devenue sa compagne. Il
était venu tout simplement là en pèlerinage.

Durant son séjour à FILLÉ où il peint plusieurs tableaux dont notamment un auto-portrait dans une attitude un peu singulière : il est assoupi le long de la Sarthe ou du canal tandis qu'il est à la pêche, il a une bouteille vide bien en apparence auprès de lui tandis qu'une couleuvre lui chatouille les doigts et qu'une libellule s'est posée délicatement sur l'un de ses doigts de pieds.
Il a peint son hôte et deux pêcheurs avec en arrière plan le moulin de Fillé.
Il a peint la plage de Fillé avec les cabines de bain qui existaient à l'époque. Belle époque ! Ce sont autant de témoignages d'une vie disparue !
Le Président des Etats Unis, Lyndon B. JOHNSON acquiert l'une de ses plus belles œuvres du moment devant laquelle il fait la une du NEW YORK TIMES. Ses clients ont pour nom le producteur de cinéma Frank ROSS, l'acteur James STEWART, Henri FORD II et tant d'autres...
Peinture de Bernard LOCCA (1926-1997) qui est venu peindre à FILLE en 1952.

Les 22 et 23 Mai 1955, des gelées provoquent des dégâts considérables dans la Sarthe.
Février 1956 fut le mois le plus froid du XX° siècle, un froid anthologique particulièrement intense deux ans après l'hiver 1954 qui fut également terrible (on se souviendra de l'hiver 54 pour l'hécatombe qu'il provoqua parmi les sans-abri).
Après un printemps très frais qui ne fut qu'une sorte d'hiver prolongé, l'été 1956 pouvait être qualifié de "pourri" avec des températures automnales. On a relevé une température de 3°2 à FILLE, le 15 Août 1956 (température minimale) tandis que dix jours plus tard, les 24 et 25 Août 1956, ce sont de fortes pluies qui se sont abattues provoquant des inondations. L'hiver 1956/1957 fut également précoce avec des températures très basses en Novembre.
Bref, l'année 1956 fut catastrophique surtout pour les agriculteurs, les récoltes de blé, notamment, furent détruites. Certains, en Sarthe, désespérés de voir leurs récoltes anéanties par les conditions climatiques ne purent surmonter cette malédiction et mirent fin à leurs jours. Ce fut le cas, hélàs, pour le père d'un charmant Monsieur - octogénaire aujourd'hui - qui possède une petite résidence à Fillé.
La loi du 4 Août 1956 institue un fonds de secours aux victimes des calamités et sinistres.
Le 13 Janvier 1960, après une courte mais intense vague de froid, une énorme tempête de neige se déclenche de la Normandie à la région Poitou-charente et à l'Aquitaine, tout l'Ouest du pays est bloqué et l'on mesure 17 cm de neige au Mans. Octobre et novembre 1960 sont très pluvieux et extrêmement agités avec un défilé incessant de zones de mauvais temps en provenance de l'Atlantique après les inondations catastrophiques du Limousin, au début du mois d'octobre, d'autres crues se produisent dans le Nord-ouest (notamment dans la Sarthe) le 31 du mois d'octobre.
En 1964, après des pluies
verglaçantes le jour de Noël, une autre courte mais intense vague de
froid déferle sur toute la France et paralyse notamment les régions du
Nord-Ouest. On relève une température de - 21 ° au Mans entre le 27 et
le 29 Décembre.
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